Marqueurs biologiques
Le diagnostic d’intoxication au plomb et les décisions thérapeutiques s’appuient sur l’anamnèse, l’examen clinique et les résultats des examens biologiques (formule-numération sanguine, plombémie et biomarqueurs perturbés par le plomb, …).
La plombémie
La concentration en plomb dans le sang total est l’indicateur de référence.
- La plombémie est un examen simple et largement disponible, bien corrélé à une exposition récente au plomb et au risque d’effets toxiques, ce qui en fait un bon indicateur du niveau d’intoxication en cas d’exposition stable.
- En revanche, elle ne reflète qu’imparfaitement le stock total de plomb dans l’organisme (os, …), notamment lors d’une exposition chronique.
- En contexte professionnel, son niveau conditionne également la fréquence des contrôles de plomb dans l’air.
Valeurs usuelles dans la population générale.
- Habituellement ≤ 40 µg/L chez les adultes non exposées
- Doit être ≤ 30 µg/L chez la femme susceptible d’être enceinte.
- Chez l’enfant non exposé : généralement < 20 µg/L
Seuils d’intervention – saturnisme infantile (selon l’OMS et la plupart des pays) :
- Seuil de vigilance (surveillance renforcée) chez l’enfant : ≥25-50 μg/L
Son dépassement indique l’existence probable d’au moins une source d’exposition dans l’environnement, nécessite d’informer les familles sur les sources usuelles d’imprégnation et les risques du plomb, et d’effectuer un suivi biologique trimestriel de la plombémie tant qu’elle n’a pas baissé.
- Seuil de déclaration / intervention (saturnisme infantile) : ≥50 μg/L
Son dépassement implique une déclaration obligatoire du cas (formulaire CERFA), seuil devenu officiel depuis le 17 juin 2015, et déclenchant une enquête environnementale et des mesures de protection.
- Niveau élevé nécessitant prise en charge médicale active : ≥100 μg/L
- Intoxication sévère : ≥450 μg/L (nécessite un traitement chélateur)
Chez l’enfant, les seuils d’intervention ont été progressivement abaissés depuis 1970 en raison de nouvelles connaissances sur la toxicité du plomb, et sont fixés depuis 2015 à 50 µg/L selon les recommandations de santé publique.
N.B. Même des niveaux <50 µg/L peuvent avoir un impact neurodéveloppemental (QI, attention, comportement) à Objectif : une plombémie la plus basse possible.
La prescription d’une plombémie chez un enfant mineur doit obligatoirement être accompagnée d’une fiche de surveillance renseignant l’identification du prescripteur et de l’enfant, les indications de l’examen, les antécédents de dosage ainsi que les traitements ou interventions réalisés depuis le dernier contrôle.

Le saturnisme chez les enfants mineurs est une maladie à déclaration obligatoire justifiant une intervention urgente.
Les enfants âgés de 6 mois à 6 ans vivant dans des logements anciens et dégradés constituent une population particulièrement à risque de saturnisme. Cette vulnérabilité s’explique par des comportements spécifiques (exploration orale fréquente, parfois pica), une inhalation d’air proportionnellement plus importante que chez l’adulte et une absorption digestive du plomb nettement plus élevée. À cela s’ajoute une sensibilité accrue liée à la vulnérabilité du système nerveux en développement, rendant les effets neurotoxiques plus sévères.
Toute plombémie supérieure ou égale à 50 µg/L (0,24 µmol/L) chez un enfant doit entraîner, après information de l’autorité parentale, l’envoi rapide de la fiche complétée par le laboratoire au médecin de santé publique de l’ARS ou au médecin désigné par le préfet.
La découverte d’un cas de saturnisme déclenche une procédure d’urgence incluant une enquête environnementale menée par l’ARS ou le Service communal d’hygiène et de santé afin d’identifier la source d’exposition, notamment via un diagnostic du risque d’intoxication par le plomb des peintures (DRIPP). Si des revêtements dégradés contenant du plomb sont identifiés, le préfet impose au propriétaire la réalisation de travaux de suppression du risque dans un délai d’un mois, porté à trois mois en cas de relogement des occupants. Le propriétaire dispose de dix jours pour indiquer sa décision ; à défaut, les travaux peuvent être réalisés d’office à ses frais par l’autorité préfectorale.

Toxicologie professionnelle – plombémie (France)
Le saturnisme est reconnu comme maladie professionnelle et, en tant que tel, il donne droit à réparation (apprentis mineurs).
Les valeurs utilisées en médecine du travail reposent sur le Code du travail et les recommandations issues notamment de l’INRS.
- Valeurs d’action (surveillance renforcée)
- Homme : ~ 200 µg/L
- Femme en âge de procréer : ~ 100 µg/L
Elles déclenchent une surveillance médicale rapprochée et une réévaluation de l’exposition.
Objectif : éviter la progression vers des niveaux toxiques.
- Valeurs de retrait du poste / suspension d’exposition
- Homme : ~ 400 µg/L
- Femme en âge de procréer : ~ 300 µg/L
Elles imposent une éviction temporaire ou définitive de l’exposition au plomb.
Risque élevé d’effets systémiques (neurologiques, rénaux, hématologiques).
Référentiel européen (directive 2022/431) – Valeur limite biologique (BLV) : 300 µg/L

La plomburie
La concentration en plomb dans les urines n’est pas utilisée en dépistage du saturnisme en raison de sa variabilité.
Elle est principalement utilisée pour le suivi des traitements chélateurs.
N.B. Dans un contexte professionnel, elle peut servir via le test de « plomburie provoquée ». Ce test consiste à administrer de l’EDTA calcique puis à mesurer l’excrétion urinaire de plomb ; une valeur élevée (800–1000 µg/L) indique une forte charge mobilisable et permet d’estimer indirectement la charge corporelle totale.
L’évaluation des paramètres biologiques perturbés par le plomb
L’acide delta-aminolévulinique urinaire (AAL) et la protoporphyrine-zinc (PPZ) érythrocytaire sont deux marqueurs biologiques de l’intoxication au plomb.
- L’AAL urinaire reflète l’inhibition enzymatique induite par le plomb et augmente rapidement lorsque la plombémie dépasse 400 µg/L, ce qui en fait un bon indicateur d’exposition récente et importante, avec un retour rapide à la normale après arrêt de l’exposition.
- La PPZ érythrocytaire traduit l’inhibition de la synthèse de l’hème et reflète une exposition plus chronique, sur environ 4 mois, en lien avec la durée de vie des globules rouges. Elle augmente nettement en cas d’intoxication saturnine, mais peut aussi être élevée en cas de carence en fer, nécessitant une interprétation conjointe du statut martial.
Plomb osseux
La mesure du plomb osseux par fluorescence X est une méthode non invasive permettant d’évaluer l’exposition cumulative, le plomb s’accumulant dans les os sur plusieurs années. Toutefois, cette technique reste limitée en pratique courante en raison de la nécessité d’un équipement spécialisé peu disponible.